Ou l’Orient commence




Tout l'histoire de l'antiquité correspond sans doute à un jeu alterné de marées, s'avançant et reculant, portant la frontière de l'Orient et de l'Occident, tantôt plus loin vers l'Ouest et tantôt plus loin du côté de l'Asie. Marathon fut, un jour, le front de l'Occident en état de défense. Avec Alexandre le Grand, toute l'Asie occidentale fut hellénisée et la limite se déplaça, pour quelque temps, de quelques deux mille kilomètres vers l'Est. Venant de l'Extrême-Orient après avoir fait le tour du monde, avec quelle émotion, je me rappelle avoir traversé l'Hindus! Alexandre était venu jusque-là: je reprenais contact, symboliquement du moins, avec cette ligne extrême où la vague grecque, ayant atteint et même dépassé la force d'expansion qui était en elle, était venue mourir, épuisée.
Cette frontière, il n'était pas question de la maintenir. Rome, plus tard, fixa et consolida son système de défense, aux bords du désert, non loin du versant géographique dont nous parlions tout à l'heure. Mais l'Islam, à son tour, orientalisa toute un section de la Méditerranée, et cette fois c'était l'Occident qui reculait: point n'est besoin d'un regard pénétrant pour déceler, même à Athènes, je ne sais quelle présence latente de l'Orient...
Il me semble que les lieux qui ont été disputés, au cours des siècles, entre des civilisations adverses, s'enrichissent de cette lutte, se chargent de poésie. Quelle excitation, pour l'esprit et la sensibilité, que la recherche de ces frontières.
André Siegfried. "Ou l'Orient commence." Verve, No. 3 (June, 1938).



   



Check out the wonderful collection of Arabic, Turkish and Persian manuscripts digitized by the Bibliothèque nationale de France.

VERVE – Revue artistique et littéraire


Between 1937 and 1960 Tériade, aka Stratis Eleftheriades, published the 26 incomparable issues of VERVE – Revue artistique et littéraire. His intention was to present all the arts and provide evidence of artists’ participation to the essential events of their time. Reproductions were executed with the most appropriate technology so that the images could still be considered originals.




Let me focus for now on the first five issues and pick a few of my favourites. From the first one I certainly choose the article on hair, silent trace of a hidden nature. It is signed G. B. that I assume stands for Georges Batailles. Women with their hair down: there is hardly anything more erotic.




From the second one I choose the magnificent interpretations of the Apocalypse reproduced from Middle Ages manuscripts preserved at the Bibliothèque Nationale de France. Red, blue, yellow, green. Fire, sky, water, earth, beasts. They all compose a great enigma.



The thirds issue is devoted to the Orient and I will expand on this one in my next post.




From the forth one I would like to point out a recurring feature of Verve. In the double page photography often faces painting: they reinforce each other letting analogies and affinities appear more clearly. 




The fifth issue is devoted to the human figure and Paul Klee’s Tête d’enfant well represents the universal face mentioned by Henri Michaux in his text Visage de jeunes filles: "Visage qu'elle va perdant de jour en jour, pour avoir désiré ou avoir été contrainte de choisir, d'opter, de réaliser. Et qu'allez-vous devenir visage contemporaine tôt abandonnés par filles stupidement pressées d'en sortir, d'être quelqu'un, quelque chose, femme, citoyenne, scout, soldate?"